OGM, TOUT S'EXPLIQUE (extrait)

OGM, tout s’explique

auteur: Christian Vélot

 J'ai décidé de vous retransmettre des extraits de ce livre formidable.

 

 

 

              

 

 

Les OGM ne sont pas que agro-alimentaires.

(…)

Les OGM sont utilisés en laboratoires (c’est-à-dire en milieux confinés) depuis une trentaine d’années.

 

Les OGM ont donc multiples domaines d’utilisation et d’applications, et par conséquent, multiples facettes.

Il y a beaucoup de choses qui m’irritent dans le débat sur les OGM, mais il y en a une qui m’insupporte particulièrement : il s’agit de l’amalgame qui est fait quasi-systématiquement entre tous les OGM.

 

(…)

 

Cet amalgame est du au fait que de nombreux scientifiques (…) se plaisent à entretenir la confusion, exploitant ainsi la vitrine médicale pour mieux servir leurs arguments en faveur des OGM agro-alimentaires.

 

 

(…)

 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la science est neutre, que le scientifique est au-dessus de la polémique, au-dessus de la politique, et que le scientifique n’est ni pour ni contre, bien au contraire.

Je pense en revanche que le scientifique est avant tout un citoyen, et qu’il se doit de dire haut et fort quand il considère notamment que la science dérive.

 

(…)

 

J’en ai marre de ces chercheurs qui , dans un certain nombre de débats auxquels j’ai participé ou dans des écrits, se réfugient derrière leur statut de scientifique pour s’acheter aux yeux du public une prétendue neutralité, espérant ainsi donner plus de crédibilités à leurs arguments, alors qu’ils sont de véritables VRP des OGM tous azimuts.

 

(…)

 

Quand on dit qu’on a séquencé un génome , c’est-à-dire l’ensemble des chromosomes d’un organisme (…) cela signifie que l’on a déterminé l’ordre de succession des quatre lettres pour chacun des chromosomes différents, cela signifie que l’on a déterminé l’ordre de succession des quatre lettres pour chacun des chromosomes de cet organisme.

Le génome humain a été séquencé et non pas comme on nous rebat les oreilles dans les périodes télothonesques : le génome humain a été décrypté.

On aura décrypté le génome humain le jour où on aura compris toute la signification qui se cache derrière toute cette succession de quatre lettres (…).

 

Pour résumer nous pouvons considérer le génome d’un organisme comme une encyclopédie où chaque chromosome représente un volume…

Dans chaque volume il y a des phrases, ce sont les gènes, et ces phrases sont écrites en un alphabet à quatre lettres : A, C, G, T – c’est le langage génétique.

 

(…)

 

Si le transgène dit aux cellules qui l’hébergent dans quel ordre il faut enfiler les perles pour fabriquer la (ou les protéines) qu’il code, il n’est en revanche, que très partiellement responsable de la manière dont les protéines doivent se replier dans l’espace.

Ce repliement dépend en partie de la nature et de l’ordre d’enchaînement des perles (et donc du gène) mais essentiellement de l’environnement de la cellule dans laquelle la protéine est fabriquée (acidité, concentration en sels, etc.).

Or l’environnement cellulaire peut varier considérablement d’un organisme vivant à un autre (voire d’un tissu à un autre à l’intérieur d’un même organisme vivant).

Par exemple l’environnement d’une cellule de maïs est bien sûr très différent de celui d’une cellule de bactérie, et on n’aura jamais la certitude qu’un protéine bactérienne est correctement repliée lorsqu’elle est artificiellement fabriquée par le maïs, même lorsqu’elle conserve l’activité biologique pour laquelle elle a été précisément introduite dans cette plante.

Or le mauvais repliement d’une protéine peut avoir des conséquences absolument imprévisibles et parfois très fâcheuses.

N’oublions pas que les maladies à prions (maladie de la vache folle, maladie de Creutzfeldt-Jakob , tremblante du mouton, etc.) par exemple sont dues à de simples défauts de repliement d’une protéine particulière (le gène correspondant , et donc la nature et l’ordre d’enchaînement des perles de la protéine en question n’est absolument pas affecté).

 

(…)

Réponses aux arguments les plus répandus chez les VRP de la transgenèse.

« Les OGM sont incontournables pour subvenir aux besoins alimentaires de la planète. »

 

Cet « argument ›› tarte à la crème que l'on entend

sans cesse de la bouche de nombreux scientifiques et po-

litiques montre à quel point ceux qui se prennent souvent

pour de « super-citoyens ›› peuvent avoir de la buée sur les

carreaux.

Comment peut-on être assez naïf pour croire à la

philanthropie des firmes de biotechnologies qui seraient sou-

dainement soucieuses du bien être alimentaire des habitants

des pays du Sud ? Ce sont ces mêmes firmes qui produisent

des médicaments, et, étrangement, elles sont beaucoup

moins motivées par le bien être de ces pays lorsqu'il s'agit

de leur donner accès aux médicaments génériques !

Comment nos super-citoyens expliquent-ils

qu'aujourd'hui, près de 1 milliard de personnes (soit environ

un être humain sur six) dans le monde souffrent de faim et

de malnutrition alors que les productions agricoles mondia-

les permettent, selon la FAO, de nourrir 12 milliards de

personnes, soit deux fois plus que les besoins alimentaires

actuels de la planète ? D'ailleurs Mr .Jean Ziegler en personne

- ex-rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation (de

2001 à 2008), et désormais membre du Comité Consultatif

de la Commission des Droits de l'Homme à l'ONU - qualifie

la faim dans le Monde de crime contre l'humanité.

Comment nos super-citoyens expliquent-ils que 80%

de ce milliard de personnes qui meurent de faim ou souffrent

de malnutrition dans le Monde sont des paysans. Paradoxal,

non ? Fils de paysans, on m'a toujours dit qu'en période de

restriction, il valait mieux habiter la campagne que la ville

car on avait toujours une salade, un œuf ou une carotte à se

mettre sous la dent.

La faim dans le Monde est évidemment un problème

profondément politique et social, et non pas un problème

scientifique ou technologique ! Comme l'explique parfaite-

ment Marc Dufumier, Professeur d'agriculture comparée, à

l'INA-PG, et spécialiste des agricultures des pays du Sud,

quand les règles de la concurrence internationale im-

posées par l'OMC obligent le riziculteur de Casamance -

qui produit 500 kg de riz manuellement - à vendre son riz

le même prix que celui du riziculteur de Louisiane - qui,

dans la même période en produit 500 tonnes mécanique-

ment et à coups d'intrants - elle contraint, de fait, - et

même en considérant que les coûts en intrants et en ma-

tériel de l'agriculteur nord-américain représentent jusqu'à

90% de ses gains de production - le riziculteur casamançais

à être rémunéré, en terme de travail, 100 fois moins que le

riziculteur de Louisiane. Une telle exposition à la concur-

rence internationale place les paysans du Tiers Monde dans

l'impossibilité de dégager des revenus suffisants pour vivre

décemment de leur métier au pays, et les condamne à l'exo-

de rural pour aller grossir les bidonvilles. Il est évident que

la solution à la faim dans le Monde passe par une révision

profonde de la politique agricole mondiale, en protégeant

notamment les pays du Sud de l'importation des pays du

Nord, et en permettant le développement de leurs cultu-

res vivrières. Or, depuis des décennies, l'OMC, le FMI et la

Banque Mondiale orientent la production agricole des pays

riches vers l'exportation à coup d'énormes subventions de

leur agriculture.

A cette politique hégémonique s'ajoute la récente

explosion du prix des matières agricoles qui a provoqué les

émeutes de la faim du printemps dernier (2008) dans une

quarantaine de pays.

Là encore, il ne s'agit pas d'un manque de denrées

alimentaires mais de l'impossibilité pour les plus démunis

d'y accéder. Les plus pauvres consacrent 80 à 90% de leurs

maigres revenus à se nourrir (contre 10 à 15% dans les pays

riches) _ En un an (de février 2007 à février 2008), le

prix du riz a augmenté de 74% et celui du blé de 130%. Or,

la Banque Mondiale elle-même et le FMI reconnaissent que

les deux principales causes de cette envolée des prix sont

la spéculation sur le marche des matières agricoles (37% de

l'augmentation) et les agro-carburants (45% de l'augmen-

tation) qui détournent une partie du marché mondial pour

remplir les réservoirs des voitures des pays riches (au dé-

triment des assiettes des pays pauvres !) . Pour faire

un plein de 50 litres avec de l'agro-éthanol, il faut utiliser

plus de 300 kg de maïs, c'est-à-dire l'équivalent de la ration

alimentaire annuelle d'un enfant mexicain ou africain, sans

compter que les terres consacrées à ce carburant réduisent

d'autant les surfaces disponibles pour les cultures vivrières !

En quoi les OGM, qui s'inscrivent bien évidemment

dans l’intensification de la monoculture et de l'agriculture

productiviste, vont-ils changer quoi que ce soit à ces po-

litiques agricoles désastreuses ? La seule raison d'être des

OGM agricoles est de permettre à des firmes semencières

de déposer des brevets sur des plantes, et d'avoir ainsi la

mainmise sur l'alimentation mondiale. Le brevet est une

stérilité juridique de la plante qui oblige l'agriculteur à ra-

cheter ses semences à chaque cycle de culture. Va-t-on ré-

soudre la faim dans le monde en plaçant les agriculteurs du

monde entier - et en particulier ceux des pays du Sud - sous

la tutelle des firmes semencières ? Les PGM sont d'autant

plus dramatiques pour les pays du Sud qu'elles sont conçues

dans les stations agronomiques des pays du Nord à partir

de variétés commerciales qui sont très mal adaptées aux

niches écologiques locales des différentes régions concer-

nées du Tiers-Monde. Ces PGM sont donc livrées « clé en

main ›› dans les pays du Sud avec un caractère particulier

telle que la capacité à lutter contre un insecte ravageur,

mais sont beaucoup moins adaptées au climat, aux autres

prédateurs, etc., que le sont les variétés locales qui pro-

viennent de la sélection massale des paysans. Il en résulte

le plus souvent des chutes de rendements considérables. Et

pour obtenir les rendements promis par les compagnies se-

mencières, les paysans du Sud n'ont d'autre solution que de

mimer les conditions des stations agronomiques des pays du

Nord, c'est-à-dire procéder à divers traitements phytosani-

taires, ce qui implique d'acheter les intrants et le matériel

nécessaire pour les épandre.

Ainsi, à la dépendance alimentaire s'ajoute une dé-

pendance financière et matérielle qui placent les agricul-

teurs du Sud au bord du gouffre. Et c'est ainsi que l'on a

assisté, par exemple, à une recrudescence des suicides chez

les paysans indiens, notamment en Andhra Pradesh, corrélée

à la culture massive du coton OGM Bt . Si le moyen de

résoudre la faim dans le Monde, c'est d'inciter les pauvres à

se suicider, alors les OGM sont sans doute une solution.

En ce qui concerne la dépendance imposée par le

brevet, on ne peut exclure qu'un agriculteur l'outrepasse en

utilisant les graines d'une partie de ses récoltes pour réen-

semencer ses champs l'année suivante. Pour y remédier, aux

Etats-Unis et au Canada, la firme Monsanto a recours à ce

qui est appelé la « police des gènes ››, c'est-à-dire à des

détectives privés qui, en présence d'huissiers, vont faire

des prélèvements dans les champs des agriculteurs qui n'ont

pas sollicité les services de la compagnie semencière pour

l'année en cours, afin de s'assurer que les plantes qui y sont

cultivées ne sont pas des OGM . Dans le cas contrai-

re, l'agriculteur en question est poursuivi en justice pour

violation de brevet. Pour les pays du Sud, on imagine mal

comment les multinationales pourraient adopter la même

stratégie étant donné la multitude de petits paysans dis-

persés dans les campagnes du Tiers-Monde. D'où la volonté

d'ajouter à la stérilité juridique une stérilité biologique,

c'est-à-dire de fabriquer des PGM qui contiennent, en plus

de la construction génétique artificielle (CGA) conférant la

propriété agronomique recherchée (caractère insecticide,

tolérance à un herbicide, etc.), une seconde CGA qui rend

la plante stérile à la seconde génération. Ce fut le cas du

système appelé « Terminator ›› mis au point dans les années

90 par le ministère américain de l'agriculturé en collabo-

ration avec la firme Delta and Pine Land rachetée en-

suite par Monsanto. Face au tollé général suscité

par cette stratégie, « Terminator ›› a été aban-

donné (nous dit-on). Mais de nombreux autres

projets analogues, designés collectivement sous

l'acronyme anglophone beaucoup plus discret

de « GURTs ›› (Technologies de Restriction à

l'Usage des ressources Génétiques) ont été

conçus par diverses firmes semencières et

font aujourd'hui l'objet de demandes de

brevets. On aura donc des plantes dotées,

en terme de stérilité - et donc de caractères de

dépendance -, de la ceinture et des bretelles. Bref, on peut

jouer avec la santé, avec l'environnement, mais certaine-

ment pas avec le profit, surtout lorsqu'il s'agit de nourrir les

«salops» de pauvres.

Au prétexte de nourrir la planète, les OGM agricoles

ne peuvent au contraire qu'aggraver la faim dans le Monde.

Ils conduisent inexorablement à une mise en péril de la biodi-

versité et des ressources génétiques paysannes - qui repré-

sentent une part importante de l'alimentation de certains

pays du Sud : jusqu'à 90% en Afrique sub-saharienne et 70%

en Inde - au profit d'une intensification des cultures indus-

trielles et d'une standardisation des environnements. Cette

confiscation du vivant porte bien sûr atteinte aux cultures

vivrières, et donc à la souveraineté alimentaire des pays

concernés, mais également à nos capacités d'adaptation

aux évolutions futures, la biodiversité étant notre meilleure

assurance pour l'avenir, tant sur le plan alimentaire que sur

le plan thérapeutique.

 

Comment des élus osent-ils encore afficher le chiffon

rouge de la faim dans le Monde pour défendre et promou-

voir les OGM agricoles ? S'ils ne peuvent tout connaître des

aspects techniques des OGM pour en apprécier les risques

sanitaires et environnementaux, ils ne peuvent ignorer les

véritables causes et les remèdes à la faim et à la malnutri-

tion. Tout comme ils ne peuvent ignorer que, depuis 2000, les

états les plus riches n'ont pas trouvé les 82 milliards de dol-

lars par an pendant cinq ans nécessaires pour atteindre les

huit objectifs du millénaire que les états de l’0NU s'étaient

fixés - notamment l'éradication de la faim sur la planète ~

alors qu'en quelques semaines des milliers de milliards de

dollars ont été débloqués pour sauver les banques !

 

 

 

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