Luis Ansa

 


Luis Ansa et ses rencontres avec des hommes de connaissance:


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Les 7 plumes de l'Aigle:

 

   

                                                                      Nuage Aigle



Je découvre Luis Ansa dans un livre d'Henri Gougaud: "Les sept plumes de l’aigle".

H. G. retransmet alors des échanges avec L. A..

Il y a des parties fort profondes dans ce livre.

"Je connais des gens qui prennent la vie en horreur sous l’étrange prétexte que le monde leur déplait.
Comme si le monde et la vie étaient sortis jumeaux du même ventre.
Le monde n’est que le lieu où la vie s’aventure.
Il est rarement accueillant , il est même parfois abominable.
Mais la vie !
L’enfant qui apprend à marcher, c’est elle qui le tient debout.
La femme qui apprend les gestes de l’amour, c’est elle qui l’inspire.
Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l’inconnaissable, affamé d’apprendre encore, c’est elle qu tient ses yeux ouverts.
Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans de cœur, nos poussées de sève, notre désir d’être et de créer, sans souci de l’impossible.
Impossible est impossible ! Voilà ce que dit la vie.
Avez-vous déjà vu une touffe d’herbe sortir tout étonnée d’une fente dans le bitume ?
C’est ainsi que je suis venu au monde, à Buenos Aires.
C’est ainsi que j’ai vécu comme une herbe vivace."

L. A. rencontre un homme de connaisance des Andes à Tihuanaco.
Il est "le gardien des ruines", El Chura!

Celui-ci se met à le guider.

"Viens on va à la pêche!
Il m’a amené à la rivière.
Regarde le bouchon.
Ne le quittes pas des yeux.
Si tu te concentres bien, peut-être que l’Autre viendra.
L’Autre c’est quelqu’un que tu connais et qu’il faut que tu reconnaisses.
C’est peut-être dans le reflet que l’Autre va venir.
Tu sens l’eau ?
Je me suis entendu répondre : elle est terrible.
Et je me suis tout à coup rendu compte que je venais de faire connaissance avec l’eau.
Jamais jusque-là je ne l’avais regardée.
Je l’avais bue, je m’étais lavé, je m’étais baigné dans la mer, mais je n’avais jamais regardé l’eau.
Pour la première fois, j’ai senti sa force ondulante, maternelle, royale.
Elle n’était ni froide, ni chaude , elle était un corps incroyablement vivant.
Je venais d‘entrevoir l’Autre.

Aujourd’hui tu vas apprendre son langage.
Elle a des choses à te dire.
Plonge ton visage dans l’eau et écoute.

Le soleil, au fond, caressait le sable et le sable scintillait.
Des millions d’étoiles, au gré de la houle, naissaient , s’éteignaient, renaissaient ailleurs.
Comme je contemplais cela, je me suis soudainement senti plus vaste, sans questions, sans espoirs, sans peur aucune, tranquille comme un dieu veillant sur l’univers.
L’eau faisait à mes oreilles une rumeur d’océan.
J’ai eu un instant l’impression que des mains amoureuses palpaient ma figure, mon cou, mon crâne.
J’ai relevé la tête.
J’ai retrouvé l’air du jour, le soleil.
Je n’étais plus qu’un petit homme.
Presque rien.
Dans l’eau j’étais un dieu.
Dehors, un nain.
Au-dedans j’étais dans la vie, au-dehors dans sa banlieue.
Au-dedans j’étais en paix, au dehors j’étais en doute.

El Chura m’a dit : l’eau est une porte.
Le vent, la pluie, la nuit, la neige, les pierres sont aussi des portes.
Par n’importe laquelle de ces portes tu peux entrer dans la paix."

Rencontre de L. A. avec les pierres:

"Alors qu’il peint un des rochers de Tiahuanaco, El Chura lui dit :
Tu ferais mieux de foncer dedans au lieu de tourner autour.
Il m’a tendu un caillou, tiens ça t’aidera.
C’est pour que tu trouves l’Autre.
Dans la pierre se trouve un autre Autre , plus renfrogné, plus rude.
Cherche-le ça te fera du bien.

Devant le caillou , je me suis enfoncé dans une méditation bovine.
J’ai passé des jours entiers en face de ce caillou sans cesser d’élucubrer , d’errer dans toutes sortes de théories.
Puis peu à peu mon bavardage mental s’est fatigué de lui-même.
Il s’est tari comme une rivière dans les sables du désert.

Alors qu’il met de côté la caillou et qu’il allume sa lanterne : je l’ai vu environné d’un vague halo et j’ai perçu dans ses dedans une sorte de battements.
Bon Dieu ! Il est vivant !
Quelque chose de lui s’est approché de moi, quelque chose de lourd, de timide, d’heureux pourtant.
C’était comme un regard sans visage, sans yeux, rien d’autre qu’une force aimante semblable à la chaleur d’un regard.
Une prière muette m’a envahit le cœur.
Et je n’ai plus rien pensé.
C’était trop émouvant.
J’ai salué et j’ai goûté, c’est tout.

Si vous aimez les choses, elles viennent, elles vous parlent.
L’amour que vous donnez à un caillou provoque l’éveil de l’amour endormi dans ce caillou, parce que dans toute chose il y a de l’amour endormi, du désir d’échange, des élans de gratitude qui n’attendent que d’être réveillés."


Le secret de la Volonté Divine:

"Nous sommes au monde pour inventer la vie.
Viracocha a créé la vie.
Nous sommes ses enfants.
Nous devons poursuivre son œuvre.
Nous devons créer , inventer sans cesse, comme il l’a fait.
C’est la meilleur manière de le servir."

El Chura tends un avocat à Luis.

Touche la peau.
C’est sec, c’est un peu dur, par endroits c’est grumeleux, c’est rêche.
C’est l’homme.

Il a ouvert l’avocat en disant : n’aie pas peur petit, ouvre-toi, ce n’est pas pour ton mal, c’est pour le bien de l’Autre.

Il a fait goûter un morceau de l’avocat à Luis.
C’est bon, c’est tendre, ça me fait saliver !
C’est la femme !
Elle fond, elle se mélange à la salive.

Non, Luis, elle fait l’amour !

Entrer dans l’âge adulte est une naissance.
C’est un passage difficile.
Beaucoup le refusent parce qu’ils ne veulent affronter ni la souffrance d’être seuls, ni la liberté d’inventer leur propre vie.

Jusqu’à ta mort et au-delà tu devras grandir, devenir toujours plus adulte.

Ne jamais prendre racine dans une communauté, dans une foi collective, dans un quelconque confort, voilà la loi du sorcier.
Si un jour tu te sens protégé, méfie-toi, le risque sera grand que tu retombes en enfance.
Regarde l’aigle et apprends la liberté.


Mais le lecteur du livre : Les 7 plumes de l'aigle peut se demander: qui est l'Autre?
C'est ce que fait L. A. qui demande à des amis de El Chura:

"Pourquoi El Chura ne m’a t-il jamais parlé du Christ ?
Il t’a parlé de l’Autre.

Dans ton corps, dans tes mémoires, le visage de l’Autre est celui du Christ.
Pour certains il prend l’apparence de Viracocha, de Vieux Père ou du Serpent à plumes.
Pour tous il est la force du Vivant.
Il est l’Esprit.
Il ne reste plus qu’à l’installer dans ta vie."

Le Christ c'est l'Esprit, le Soi, le Un, celui qui permets d'unifier les parties du monde, les couleurs, pour révéler la source de celles-ci: la Lumière Solaire, blanche.

"Tu dois apprendre seul désormais.
Observe-toi.
Observe les gens.
Quand ils se parlent, ils tentent de capter, dans les moindres regards, un peu plus de vigueur, d’existence.
Ils se grignotent.
Par séduction, par ruse ou par violence, ils se volent à tout instant des forces.
Ils font cela parce qu’ils ignorent l’Autre, le Vivant qui pourrait leur donner tout ce dont ils ont besoin s’ils le laissaient entrer, ils n’ont pas ce trou au sommet du crâne.
Ton appel dans la maison hantée a ouvert le passage  entre le vivant du dehors et le vivant du dedans.
Tu peux donc sortir de la ronde des voleurs.
A partir de maintenant tu ne dois plus chercher ton bien chez les autres."

Une différence entre les Hommes et les autres êtres de l'Univers?

"El Chura m’avait un jour parlé des aigles.
Il m’avait dit qu’à la différence de nous, créatures humaines, qui avions en nous-mêmes cette conscience qu’on appelle l’Etre, les animaux ne disposaient que d’un esprit par espèce, et que cet esprit n’était pas incarné mais flottait dans l’invisible.
L’Etre des ours, des aigles, des loups ou des renards gouvernait ainsi ses enfants, veillait sur eux, et aussi parfois sur certains hommes qu’il pouvait être appelé à aider."


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